C'est d'abord l'histoire de l'explosion de René-Maurice Gattefossé et la lavande fine, l'une des plus célèbres de l'aromathérapie :
René-Maurice Gattefossé est ingénieur chimiste, spécialisé dans la fabrication d'extraits floraux pour les parfums.
Nous sommes en 1910. Le jour de la naissance de son fils Henri-Marcel, René Gattefossé est victime d'une explosion dans le laboratoire de son entreprise.
Brûlures sévères aux mains, rien à portée pour se soulager — il plonge les mains dans la première cuve disponible, remplie d'huile essentielle de lavande. L'apaisement est immédiat.
Contre toute attente, ses plaies cicatrisent en quelques jours, ne laissant aucune trace.
Face à ces résultats, une conviction s'installe : les huiles essentielles méritent une recherche sérieuse. C'est lui qui forge le terme "aromathérapie", ouvrant un nouveau champ à la médecine — que le Dr Jean Valnet, le Dr Jos Jullien et Maurice Mességué développeront après lui.
Cette histoire compte évidemment quelques variantes...
1881, Lyon. René-Maurice Gattefossé naît dans une famille de la filière des parfums. Son père Louis a fondé les Établissements Gattefossé en 1880, représentant en huiles essentielles et matières premières pour la parfumerie. Troisième d'une fratrie de cinq, René-Maurice étudie la chimie à Lyon et rejoint l'entreprise familiale. Il se consacre à la recherche sur les essences et les parfums.
En 1906, il publie "le guide pratique et formulaire du parfumeur moderne".
En 1907, il rencontre des producteurs de lavande de Haute-Provence, découvrant leurs conditions de vie précaires. Il s'engage pour améliorer la culture de la lavande française, brevetant des techniques de distillation et créant un syndicat de producteurs. Il transforme la filière, augmentant la production et la reconnaissance de l'essence de lavande fine de Provence. C'est alors qu'il apprend des paysans les propriétés médicinales de la lavande.
Ces derniers utilisent l'essence de lavande fine avant tout comme désinfectant. Ils l'appliquent pure sur les coupures et plaies, et aussi en interne contre les vers et les infections urinaires.
Plus tard seulement, les vertus relaxantes et apaisantes de l'huile essentielle lavande fine en feront une plante incontournable contre le stress et les insomnies.
René-Maurice consigne ses découvertes dans "La Parfumerie Moderne" — une revue qu'il fonde et consacre à la lavande et ses vertus thérapeutiques. Elle est numérisée et consultable sur le site de l'université Paris 5.
À cette époque, seule la vraie lavande fine de population est cultivée en Provence. Ni maillette ni lavandin — ces variétés n'existent pas encore.
La qualité de la lavande fine étudiée par Monsieur Gattefossé est extraordinaire par rapport à ce qui peut se trouver actuellement en pharmacie ou sur internet.
Seule une poignée de producteurs sur le plateau d'Albion et les Alpes-de-Haute-Provence cultivent encore la lavande fine à partir de graines de population sans sélection. Moins de 10 tonnes de production chaque année pour le monde entier — seul le terroir de la Haute-Provence permet à cette variété de pousser, fleurir et s'épanouir.
René-Maurice continue de caractériser les huiles essentielles pour améliorer la qualité de leur usage. Le 25 juillet 1910, une explosion dans son laboratoire lui cause des brûlures sévères. Les pansements de tulle gras ne font rien. Se rappelant des vertus de la lavande, il s'enduit d'essence de lavande — guérison rapide, sans cicatrice.
Il se lance dans la promotion de l'aromathérapie dans le monde médical, étudiant d'autres huiles essentielles. Hôpitaux militaires, hôpitaux civils : l'efficacité antiseptique de ses produits se révèle particulièrement utile en chirurgie d'urgence et face aux épidémies.
Le Dr Forgues, chirurgien militaire à Lyon, collabore avec lui pour développer des formulations
antiseptiques à base d'huiles essentielles dans lesquelles la lavande fine joue un rôle central.
1915 : après la mort de son frère Abel, René-Maurice développe SALVOL, un antiseptique aromatique. Trois ans plus tard, lors de la grippe espagnole, il prouve son efficacité contre les staphylocoques.
De nombreux hôpitaux utilisent SALVOL avec succès. René-Maurice, considérant SALVOL comme un bien public, partage gratuitement sa formule.
Après la mort de son frère Robert en 1918, René-Maurice renforce sa conviction sur l'importance des huiles essentielles. Il documente l'efficacité clinique des traitements dans plusieurs hôpitaux lyonnais.
Les années 1920-30 : quatre livrets sur les applications thérapeutiques de la lavande, des savons antiseptiques, des crèmes, et une large diffusion du SALVOL.
En 1937, il synthétise ses travaux dans "Aromathérapie", suivi par "Antiseptiques essentiels" en 1938 — 30 ans de recherche condensés.
René-Maurice, directeur des Établissements Gattefossé et rédacteur en chef de La Parfumerie Moderne, partage largement ses connaissances. Il développe également une gamme de produits vétérinaires et se tourne vers la dermatologie, voyageant à travers le monde pour ses recherches.
Homme de science et de philosophie, il meurt en 1950 au Maroc. Son fils Henri-Marcel reprend l'entreprise, continuant l'œuvre de son père.
Après une première rencontre avec la lavande dans sa plus tendre enfance grâce à sa famille commerçante de cette essence précieuse et de sa fragrance pour l'industrie de la parfumerie.
L'intérêt de l'huile essentielle de lavande fine s'imposa de nouveau à lui dans sa vie de chercheur, il sut l'utiliser et faire connaître ses vertus désinfectantes au grand public.
Sa vie témoigne de la richesse des plantes et de ce qu'elles ont à nous offrir. Leurs phyto-ingrédients naturels pour soigner le corps, les effluves de leurs parfums pour faire voyager leur âme.
Auteur : Max Lincelé
Mis à jour le 01/11/24